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Despelote ! – Épisode 2

03 fév 2016 Publié par

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Auteur : Sonia Franco
Lieu(x) : Colombie
Durée : 15:20

Au sommaire :

Despelote (n.m.) : Situation de désordre, de chaos ou de confusion.

Despelote ! retrace quatre mois de pérégrinations et de questionnements d’une Franco-Colombienne en devenir, dans ce pays à la fois étrange et familier.

Épisode 2 : Bogotá – Dar Papaya : Où la narratrice retrouve la métropole démesurée de Bogotá et son séduisant chaos, ainsi qu’un précepte clé de la société colombienne.

 

Traduction de l’interview

 William : Qu’est-ce que ça veut dire, dar papaya ? C’est comme un avertissement… un avertissement culturel colombien. Mais pour moi, ça ne devrait pas exister…. pas seulement en Colombie, mais nulle part !

Je marche dans la rue, je sors mon téléphone et je me mets à parler, et un fils de pute arrive et me vole, et on va me dire que je me suis fait voler parce que j’ai donné papaya ! Mais comment ça, j’ai donné papaya ? Le téléphone est à moi, je l’ai sorti pour passer un coup de fil, et je peux pas le faire ? Tu ne peux pas utiliser tes objets personnels ? C’est comme une justification, tu as montré ce que tu avais alors on peut te l’enlever.
Papaya puesta, papaya partida : si il y a une opportunité, alors on la prend. Mais ça vient d’un problème social.

Sonia : Oui, il y a beaucoup de méfiance ici. Et tu penses que ça, c’est quelque chose qui peut changer ? Parce que pour moi, c’est quelque chose d’important, parce que si la relation de base entre les gens, c’est la méfiance, comment tu peux générer un changement ? Comment tu peux générer quelque chose qui marque une sorte d’unité ?

William : Mais ici, quand tu sors de chez toi, par exemple, on va souvent te dire « Fais attention où tu vas, ne va pas dar papaya ! ». Et du coup, tu sors de chez toi, si c’est la nuit, quelqu’un s’approche de toi, à quoi tu vas penser ? Comme on t’a déjà prévenu, alors tu paniques, tu sens cette peur, et c’est horrible ! Moi j’aimerais être comme toi et ne pas ressentir ça !
Mais on est programmés pour ça, ici… être méfiants, penser que les autres peuvent nous faire du mal…
On est un pays qui est en guerre depuis 52 ans. C’est la plus longue guerre civile du monde ! Depuis toujours c’est la guerre, la guerre, la guerre, et tant que ça ne se termine pas, je ne pense pas que ça pourra changer, cette perception qu’on a ici. Mais en tout cas, c’est très colombien, cet avertissement.
2e moment de l’entretien

Sonia : Quand tu es arrivé à Buenos Aires, tu étais déjà sorti de Colombie ?

William : Non, c’était la première fois…Je suis arrivé là-bas en hiver, moi qui viens de la chaleur des Caraïbes… il faisait -3, -4 degrés, tout était gelé, les flaques, l’herbe… Moi, j’étais heureux, je cassais les plaques de verglas à coup de pieds pour entendre le bruit de la glace qui se brise, c’était dingue !

Sonia : Et tu n’es jamais revenu en Colombie pendant tes six années en Argentine ?

William : Non. Je voulais vraiment rester un temps hors du pays, c’était un but personnel. Je voulais être capable d’être ailleurs, sans avoir besoin d’être avec ma famille, d’être seul, tu vois ?
Me connecter avec la culture d’un autre pays, la connaître à fond, être là et me sentir comme n’importe quel argentin.

Sonia : Et tu as réussi à te sentir argentin ?

William : Argentin, vraiment, non. Il y a des différences culturelles, c’est évident. Et finalement, tu te sens toujours ailleurs, hors de ton pays, parce que c’est un pays très européen. Mais avec ce voyage, j’ai réalisé des choses sur le pays dans lequel je vivais, les choses qu’il s’y passait, des choses dont je ne m’étais pas rendu compte. En Argentine, c’est un pays plus de gauche, en tout cas chez les gens avec qui j’étais… un peu plus socialiste, ils se préoccupent plus des travailleurs, les gens ont plus de revendications. Ici non, ici on a l’habitude de ne rien dire sinon tu peux te faire tuer parce que tu luttes pour tes droits… Mais on est une génération où beaucoup de gens comme moi sont sortis du pays, et qui se rend compte que nous vivons dans un pays merveilleux, mais qui malheureusement est très très mal gouverné…

 

(Musique générique : Me quedo - La 33 / Extrait : Mas Papaya - Sidestepper )

 

 Retrouvez ici une version sous-titrée de cet épisode :

7 commentaires

  1. Bonjour Sonia,
    On suit attentivement ton périple colombien depuis chez nous et toutes tes interrogations sur ta double identité et même sur l’identité tout court. Voyager c’est toujours s’enrichir ! et on s’immerge avec bonheur dans les sons de ton quotidien pour nous si exotique ! Continue à nous régaler les oreilles ! on pense fort à toi. Et on est très heureux d’arriver très bientôt pour mettre des images sur les sons entendus.
    besitos
    Moman

  2. Hola Sonia
    Que mas? Espero que estes muy bien. Que maravilla escuchar aquellas palabras, esa historia sobre tus experiencias (tambien las de William en Argentina) viviendo en un pais que no es tu tierra natal y a la vez la es, cierto? Vivir en un pais ajeno o viajar por el al principio siempre es un desafio bastante grande. Un idioma diferente, una cultura desconocida, un clima que no da a uno, comidas no acostumbradas, al fin muchas cosas por luchar. Ademas hay que tratar de no dar papaya!! Como extranjero eso no es facil, pues. Pero que va, son experiencias de la vida. Por el otro lado hay que disfrutar lo maximo de las muchas cosas nuevas, aprovechar las oportunidades de conocer a gente tan acogedora como por ejemplo en Colombia. Fue un placer escuchar las voces y la bulla de las calles bogotanas y mas que todo la musica colombiana. Gracias por el entretenimiento, yo lo pase super bien. Un abrazo.
    Norbert

  3. Hola Sonita,

    C’est un réel plaisir de suivre ton périple de ma banlieue senanaise. C’est très agréable à écouter, on s’y croirait ! Si seulement ton témoignage et tes interrogations pouvaient passer sur les grandes ondes à l’heure où la France entend stigmatiser la double nationalité. Quelle richesse pourtant de questionner origine(s), culture(s) et expérience(s) ! Comment peut-on faire l’économie de cette ouverture à l’altérité, de cette mixité intrinsèque qui nous portent en avant dans un élan du cœur ? Continue à déplier les mille signes au hasard de ta route, à nous les mettre en mots et en musique… c’est un régal de t’entendre et de te suivre.

    Besos.

    Michèle

  4. Coucou Sonia,

    On passe un très bon moment à t’écouter! Tout y est, le son, les odeurs et même les images en fermant les yeux! Le plaisir que j’ai à te suivre ressemble à celui que j’éprouve à la lecture d’un bon bouquin. La culture colombienne m’enchante!
    J’attends le prochaine épisode avec impatience!

    Besitos.

    Feli

  5. Salut Sonia, beaucoup de plaisir à partager ton voyage, le son m’a transporté direct à Bogota.
    J ai écouté au bureau, ta présence était palpable.
    Bisous à bientot
    JC

  6. Bonjour Sonia,
    Toujours autant de bonheur à te suivre.
    Même si tu es  »née quelque part », tu es bien d’ici et de là-bas, d’ici et d’ailleurs. C’est une richesse. Te faut-il, alors, être de quelque part ? Tu es une citoyenne du monde, d’un monde si contrasté d’un lieu à un autre, si divers d’un point de vue à un autre, antinomique et analogue à la fois.
    Les questions à ton coloc et ses réponses nous éclairent sur un ailleurs que nous ignorons et que tu nous fais partager de l’intérieur avec ta conception humaniste des valeurs sociales.
    Filmes-tu ? Prends-tu des photos ? Tu as sûrement, en plus de tes carnets de voyage, des réalisations en tête : émissions radio, télé… Dans le genre  »Connaissances du monde », nous apprenons avec toi, nous avons encore à apprendre et c’est un vrai plaisir. Continue et, sans t’inquiéter outre mesure, n’oublie pas le 11e commandement !
    Bisous,
    Marro

  7. Bonsoir Sonia,
    Après tes 2 épisodes, j’ai eu envie de me documenter sur « dar papaya ». Dans Google, je suis tombée sur un article (qui fait froid dans le dos) de 2009 intitulé « Colombie : Des lettres qui tuent » (paru dans LE GRAND SOIR).
    Dans les notes qui suivent l’article il est question de la « ley de la papaya ». Expression populaire qui repose sur 2 dictons, qui font parfois figure de 11e et 12e commandements : « no dar papaya », signifie « prendre garde à ce que personne n’abuse d’autrui », et, « a papaya partida, papaya comida » : « si quelqu’un se prête à ce que je puisse abuser de lui, alors je dois en profiter ! » En fait, je ne fais que répéter ce que t’expliquait William. Qui peut changer cet état de fait ? Comment ? Auras-tu quelques confidences à ce sujet ?
    Biz, Marro

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